Le Secret Maçonnique

compas-equerre

Chacun vient avec sa petite ou grande idée sur la question. Personne n’est réellement neutre devant ce mot de « secret », quand il s’agit de la franc-maçonnerie. il va falloir le nettoyer ce mot, lui retirer ce dont tout un chacun l’a affublé, jusqu’aux délires les plus fumeux. Le temps est donc venu de dissiper le brouillard qui l’entoure depuis trois siècles qu’existe la maçonnerie.

Les conditions d’une naissance

La maçonnerie est née en Angleterre, la première loge a vu le jour en 1717 à Londres…

Tout a été codifié en 1723, avec les fameuses constitutions d’Anderson, je prends la maçonnerie à son origine historique, véritablement consignée, authentifiée nommément dans les textes.

La maçonnerie a très officiellement vu le jour et s’est institutionnalisée chez les anglais, qui abandonnant pour ce voyage singulier de rouler a gauche, ont choisi la voie du milieu, entre l’équerre et le compas.

La maçonnerie a vu dès le départ, l’ombre des caves, des temples discrets, et la lumière fuligineuse des bougies ; le secret en somme.

Les francs-maçons se hâtaient au long des ruelles, pour disparaître sous des porches obscurs, abritant quelques tavernes au nom évocateur : « l’Oie et le Grill », « le Pommier », « le Gobelet et les Raisins ».

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Le secret pour survivre

Nous sommes au XVIIIème siècle, jusqu’alors, la société était bien calée dans ses castes sociales. Il y avait tout en haut la noblesse, puis l’église, puis les bourgeois enrichis, et enfin les couches sociales inférieures: ouvriers, paysans, monde de travailleurs plus ou moins inculte.

Il ne serait venu à l’esprit de personne, que le beau monde fréquentât le vilain monde.

Tableau des loges de la Grande Loge de Londres en 1735

Tableau des loges de la Grande Loge de Londres en 1735

Et voila que des hommes, venus de l’aristocratie, suivis d’intellectuels, dont les nobles étaient des mécènes, ont eu l’idée, réfléchissant sur la structure de la maçonnerie opérative, bâtisseuse de cathédrales, ou l’on voyait les différents niveaux de compétences cohabiter, permettant la progression vers le haut des savoirs, se sont pris à penser que cela pourrait être appliqué à la société des hommes dans son ensemble.

Puisque pour des métiers voués au même projet technique, cela pouvait se comprendre, quelle merveilleuse révolution, que d’associer nobles et roturiers, pasteurs et manants, hommes appartenant à des églises différentes dans le même cercle pour échanger des idées.

Cette ouverture n’était pas du goût de tout le monde, d’où l’obligation de se réunir dans le secret.

La franc-maçonnerie traverse le Channel, et en 1721, se créée a Dunkerque, la première loge française « Amitié et Fraternité« .

L’église catholique voit d’un très mauvais œil ces penseurs d’un nouveau genre. L’église, toujours inquiète de voir son pouvoir contesté fait la guerre aux déviationnistes. Elle s’imagine qu’un nouvel ennemi surgit venant de l’autre coté de la manche, la réponse ne se fit pas attendre :

Franc-maçonnerie = Excommunication.

Cela fait réfléchir, surtout en ces temps, ou l’on est très impressionné par les supplices prétendument subits par les damnés.

Mais il est des hommes que rien ne décourage. Malgré les menaces, ils ont décidé de poursuivre sur le chemin de l’ouverture, de la tolérance, de la réflexion philosophique, sur la place de l’homme dans la création et sur un grand architecte de l’univers, rassemblant sur ce vocable toutes les forces divines et spirituelles inventées par l’esprit humain.

Alors, il a bien fallu continuer de se cacher, de se mettre au secret pour poursuivre les travaux.

Nul complot, nulle révolution, simplement ne pas être empêché d’échanger, de réfléchir, de communiquer, de rechercher.

Tous les esprits qui s’interrogent qui remettent en cause l’ordre intérieur sont toujours suspects, mal vus par les églises, les états totalitaires, les dictatures, les francs maçons ont donc continué de se calfeutrer dans la secret.

Il a fallu se mettre à l’abri des idées nauséabondes que l’ignorance colportait.

On pourrait se dire que tout cela a disparu… hélas non!

Le Cardinal Ratzinger, aujourd’hui Benoît XVI, déclarait le 26 novembre 1983 :

« le jugement négatif de l’église sur la franc maçonnerie demeure inchangé, parce que ces principes ont été considérés comme incompatibles avec la doctrine de l’église. »

Le secret a donc d’autres fonctions que cette protection au regard des menaces physiques qui pèsent en certains pays sur les maçons, mais aussi des menaces sur la survie de nos âmes.

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Le secret pour l’élévation spirituelle

L’homme premier, déjà suffisamment sapiens, pour porter une interrogation sur le monde; a porté son esprit au delà des péripéties de la vie quotidienne : que faire devant le vide cosmique?

Que faire face à l’angoisse qui en résulte dans la conscience de chacun ?

Première tentative de réponse, l’homme invente les mythes.

Les mythes, même si c’est plein d’aventure, cela n’a rien à voir avec l’histoire, c’est une articulation, un dialogue entre l’homme et le mystère de sa présence sur terre. L’homme pense qu’il y a un secret.

Il cherche la jointure entre son existence et le cosmos qui le dépasse. C’est comme si on cherchait dans le cerveau, comment les lettres qui forment le mot « oiseau » sous les yeux, se transforment en cet animal au plumage coloré.

Plat en faïence au décor maçonnique,Lyon, France, XVIIIème siècle.

Plat en faïence au décor maçonnique,Lyon, France, XVIIIème siècle.

Dans les mythes, l’homme a pensé apporter la réponse. Le mythe se colporte, se transforme, s’enrichit, se transcrit dans des livres que le temps rend sacré, parce que chacun y va de son histoire, de ses espoirs et parce que d’autres ont compris, qu’en s’emparant du sacré, il s’emparait du pouvoir sur les hommes. Puis, la réponse apportée par les mythes a semblé insuffisante, alors sont apparues les religions.

Les maçons ont laissé définitivement les églises au choix de chacun, respectant toute les fois.

Ils ont cherché par l’exaltation des vertus simples, par le langage des symboles, à organiser une société humaine, plus harmonieuse, en faisant ressortir l’élan de fraternité qui devrait exister entre nous.

C’est donc, dans les palabres discrets et calfeutrés des loges, que les francs maçons se sont mis à échanger, non pour dissimuler à autrui, mais pour penser en paix.

La pensée apparaît dans l’ombre, comme l’enfant au creux de l’utérus, puis enfle, et puis un jour enfin, se montre…

Alors ce jour venu, les francs maçons publient des textes, des articles, des livres, des propositions de lois.

Secret dévoyé, secret de voyou

Il ne saurait être question de passer sous silence, une forme de secret reproché à la franc maçonnerie.

Quoi de plus facile, que d’échafauder mille et mille maléfices, si la partie concernée, si l’obédience, demeure muette.

Si l’institution maçonnique n’a aucune intention de nuire, pourquoi continue t’elle de prêter le flanc à la critique, par cette façon de se taire.

Je ne supporte pas ce silence.

Il faut dire que des hommes bas, et sans valeur profitent de l’ombre, pour assouvir leurs ambitions, leur soif de pouvoir, d’argent, leur goût pour le commerce honteux de mauvaises pratiques, au détriment, non seulement des francs maçons, mais aussi de l’ensemble des citoyens de ce pays.

Il est des hommes qui entrent en maçonnerie, en se parant des belles allures, de la philosophie, de la réflexion, et du désir d’œuvrer pour l’humanité.

Certains d’entre eux sont vite mis à jour, ils ne restent pas longtemps.

Hélas, il existe aussi de grands talents, dans le mensonge et dans l’utilisation de la naïveté de certains frères.

Voici que rentrent chez nous, des hommes à la vertu bien imitée qui, levant les yeux au ciel, ressemblent à s’y méprendre à des esprits en recherche d’absolu, ils affichent la mine grave des cerveaux abîmés dans une profonde réflexion philosophique, arborent l’onctuosité rassurante des hommes d’église en quête de transcendance, ils ouvrent les bras, ils tendent leurs mains… Ils disent vouloir enrichir leur âme, leur cœur, leur savoir et l’on se dit :

« Voila de belles pierres pour poursuivre la construction de l’édifice. » Alors, ils entrent en maçonnerie.

Lentement, ils tissent leur toile. Ils affirment être venus chercher la lumière, mais c’est l’ombre qui leur sied le mieux…

Ils prennent des noms, des adresses, voyagent d’une loge à l’autre. Certains viennent pêcher au gros.

La presse nous rapporte de temps en temps, quelques scandales, et l’on voit ces maçons corrompus, disant pis que pendre de la presse, ravis d’utiliser cette même presse, pour démolir tel autre maçon qui les dérange, pour accéder au pouvoir.

Un exemple : on a vu, il y a quelques années, dans la presse, justement, une notabilité maçonnique de province, accusée d’utiliser la carte bleue, déléguée par son obédience, à des fins personnelles. Ces accusateurs profitant de l’arrivée, dans leur contrée d’un procureur soucieux à l’égard de certaines pratiques maçonniques. Tout ceci était faux, et l’éminent maçon, a retrouvé la blancheur de son tablier…

Le mal était fait, les accusateurs et ceux pour le compte desquels ils travaillaient ont poursuivi leur progression vers les sommets qu’ils visaient. Qu’est ce qui intéresse les maçons malfaisants ?

Toujours la même chose, le pouvoir et l’argent… Le pouvoir dans les obédiences et le pouvoir hors des obédiences… L’argent pour se constituer des rentes de situations confortables, faire de beaux voyages.

Ce n’est pas un supplément d’âme, mais un complément à leur salaire ou retraite. Ils roucoulent intérieurement en s’imaginant que sous leur décor, on les prend pour d’illustres personnages, alors qu’ils se trouvent dans la peau de : « l’âne portant des reliques »

Si ces maçons ne sont pas nombreux, ils font un tort considérable, on les a souvent laissés s’infiltrer et prendre les postes de commandes.

Les francs maçons sont venus dans les loges pour travailler sur les sujets qui les préoccupent, et ne se soucient pas de ceux qui les dirigent. Ils sont dans le confort douillet de leur loge… ils planchent, rédigent, se cultivent, mais ils ferment les yeux.

Ils haussent les épaules, lorsqu’on leur dit que là haut, au carré des officiers, sur le pont supérieur, on en prend un peu trop à son aise, et on fait bombance sur leur dos.

compas équerre

Alors, il y a du secret dans le secret !

Ainsi le secret en arrange bon nombre, et sous couvert de respecter les traditions, on comprend mieux, pourquoi les maçons indignes ne sont pas prêts de vouloir le rompre.

Alors il faut balayer cette tradition qui se retourne contre ceux qui pratiquent la maçonnerie en toute franchise.

Il n’y a pas de secret ! Mais tout le monde fait semblant de croire qu’il y en a un.

Bien du monde y trouve son compte à ce jeu du secret, sauf ceux qui veulent vivre dans la clarté maçonnique et travailler à l’amélioration du sort des hommes sur cette terre, ainsi que leur entente commune.

Les maçons sont des hommes, la pierre humaine est difficile à travailler, difficile à polir, le temps viendra ou sa blancheur reflètera une humanité devenue tolérante et fraternelle.

Le franc maçonnerie a cette étonnante capacité d’assembler les différences sans les mélanger, de relier les hommes sans les attacher, d’avancer sans oublier le passé, de respecter les idées, sans les figer.

Et cela ne doit être un secret pour personne.

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compas équerre

Jérôme Touzalin