Extrait de « la Lumière assassinée »

Entretien entre le journaliste Henri Paul Régnier et Bernard Merolli

compas équerre

(texte publiée sur les site de la Confédération des Grandes Loges de la Méditerranée et de l’Europe du Sud – CGLMES)

http://www.conf-glm.eu/

Question HPR : Pour accomplir sa mutation, la Franc-Maçonnerie doit elle tenir compte des changements qui nous conduisent progressivement en Europe tout au moins à une abolition de frontières ?

Réponse BM : Évidemment. Il lui faut un nouvel espace et un nouveau discours.

Le nouvel espace, c’est l’Europe, c’est celui que les hommes ont construit pour éloigner les guerres et dans lequel la Franc-Maçonnerie n’a pas encore trouvé sa place.

Nous continuons à raisonner à l’intérieur de nos frontières, alors que nos concitoyens ont déjà porté leur regard bien au-delà de nos limites géographiques et historiques.

Nous n’avons que fort peu participé à la construction européenne. Alors que la répartition des maçons en Europe aurait pu permettre une meilleure concertation.

Non, nous avons préféré suivre une politique archaïque qui a consisté, sur un plan Maçonnique, à respecter les consignes de la Grande Loge Unie d’Angleterre qui, au travers de la délivrance des patentes de reconnaissance, a figé une Europe Maçonnique sur le modèle du siècle dernier.

Nous savions pourtant, que nos frères Anglais n’étaient pas de chauds partisans de la construction Européenne !

Ce « statu ante quo » doit être maintenant dépassé, et nous devons rattraper le retard que nous avons pris.D’autant que l’absence de Maçonnerie Européenne, non pas unifiée, mais coordonnée, laisse un champ d’action à nos frères Américains qui, avec leur quatre millions d’adeptes et leur billet vert, constatant la baisse d’influence de la Maçonnerie Anglaise regarde avec convoitise la forteresse Europe ou ils ont déjà pris pied, au travers de certains ateliers.

La Maçonnerie Américaine est tout à fait respectable, mais son coté très club service est loin de l’école de spiritualité des origines.

Aussi il importe de créer les bases d’une authentique Maçonnerie Européenne qui grâce a un pacte de reconnaissance mutuelle favorisera les échanges entre tous les Francs Maçons.

L’action que nous avons engagée s’inscrit dans un plus vaste projet, qui, au travers d’un axe passant du Portugal à la Turquie et s’étendant à d’autres pays du bassin méditerranéen pourrait donner naissance à une communauté fraternelle et transfrontalière.

Comme disait Saint-Exupéry « pour unir les hommes faites leur construire une tour ».

Cette tour que nous allons construire ne sera pas d’ivoire, mais de pur métal, comme celle d’une grande chaîne d’union dont les maillons viendront renforcer l’idée d’une Maçonnerie Universelle.

Longtemps, les Francs Maçons ont été des précurseurs dans le domaine social, comme sur la paix entre les peuples, la justice, l’égalité des chances.

Cette indispensable union des maçons de « bonne volonté » devra s’accompagner d’un nouveau discours.

Question HPR : Qu’est ce que la Franc Maçonnerie a apporté a ce débat ?

Réponse BM : Pas grand-chose, l’eau a coulé sous les ponts de nos villes et les enjeux du millénaire apparaissent comme infiniment menaçants car il semble pas avoir l’homme comme juste mesure.

Notre première civilisation était agricole, celle que nous sommes en train de quitter est industrielle, Celle qui s’avance est scientifique. Sommes-nous prêts a conserver notre place au cœur d’un système dont nous ne serons bientôt plus le centre et le référant.

Les progrès de la bioéthique, de l’intelligence artificielle, de la robotisation sont des témoignages estimables du génie humain. Dans le même temps, la violence et l’incivilité, la dépravation des mœurs, qui n’épargnent ni les enfants, ni les personnes âgées, la mort pour un regard, pour une cigarette, à la sortie des écoles, la mort tapie au fond d’une seringue, tout nous annonce le retour de la barbarie.

Est-il possible de vivre cette schizophrénie entre microprocesseur et peau de bête sans que le sol ne s’ouvre sous nos pas ?

La Franc-Maçonnerie peut elle apporter des réponses en tentant de redevenir un lieu très éclairé ou l’homme puisse recomposer les pièces de son devenir ?

Un espace de réflexion pour qu’émerge de nouveau une morale par l’affirmation d’un principe supérieur dont la non reconnaissance nous ravale au rang d’humanités vagues ?

J’ai foi dans les capacités de l’idéal maçonnique à restaurer les valeurs sans lesquelles nous allons mourir, non de cette mort physique qui nous attend tous et qui nous conduira à l’orient éternel, mais d’une mort bien plus terrible, celle de l’espérance d’une vie meilleure dans un monde meilleur.

Nous devons ouvrir nos cœurs et nos consciences, à tout ce qui peut permettre de sauvegarder le principe d’humanité. Nous devons de toutes nos forces préserver le rôle si particulier qui donne à l’homme, dans l’ordre de la création, l’impérative obligation de sauver les autres et ceux qui l’entourent pour se sauver lui-même.

Nous devons réapprendre à faire triompher l’amour sur les forces de la nuit.

Et parce qu’elle porte cette promesse là en elle, la Franc Maçonnerie est une chance pour l’humanité.

Il m’apparaît clairement, que nous devons retourner vers les racines de nos civilisations, c’est pourquoi, la création de la Confédération des Grandes Loges de la Méditerranée et de l’Europe du Sud est plus qu’une mission, c’est un devoir de maçon.

compas équerre

Bernard Mérolli